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Assumer le rôle de parent lorsqu’on est atteint de dépression et de troubles anxieux

Getty Images / visualspace

Devenir parent représente probablement l’une des plus grandes responsabilités qu’il est possible d’assumer. Il peut également s’agir de la tâche la plus difficile qu’une personne peut accomplir, et être atteint d’une maladie chronique comme la dépression ou un trouble anxieux peut rendre cette responsabilité exigeante encore plus difficile.

Pensées angoissantes et crainte d’une catastrophe

Dès que j’ai appris que je serais parent, mon cerveau s’est mis à surchauffer. Des pensées horribles me traversaient involontairement l’esprit presque tous les jours. Étant atteint d’un trouble anxieux, j’avais l’habitude d’avoir l’esprit envahi de pensées indésirables, surtout lorsque j’attendais un événement avec impatience. Dans ce cas, ces pensées portaient essentiellement sur la grossesse de mon épouse.

Avant chaque rendez-vous médical, j’imaginais des catastrophes. J’étais convaincu que les échographies révéleraient des problèmes graves chez le bébé, et dans ma tête, chaque scénario se terminait par la mort de mon épouse et de mon enfant.

Je vivais cette situation tous les jours. Chaque fois que mon épouse avait une crampe ou qu’elle ne sentait pas les bébés bouger, je paniquais. (Il se trouve que nous attendions des jumeaux, et que les deux se faisaient particulièrement discrets dans le ventre de leur mère!)

J’envisageais le pire, plusieurs fois par jour.

Comme vous pouvez l’imaginer, je n’étais pas facile à vivre. J’étais constamment aux prises avec des débats intérieurs, que je m’efforçais d’épargner à mon épouse. C’est une personne très généreuse, et elle aurait accordé beaucoup d’importance à mes problèmes alors qu’elle vivait déjà suffisamment de changements de son côté. Je gardais donc mes pensées pour moi, afin d’éviter de la bouleverser.

Au fil de la grossesse, je suis devenu de plus en plus renfermé. J’avais l’impression de ne pas être à ma place. Je m’inquiétais sans arrêt alors que pour ma femme, tout allait bien.

La situation est devenue encore pire lorsque le travail a commencé. J’ai paniqué. Mon cerveau me disait qu’une catastrophe était sur le point d’arriver. Lorsque les jumeaux sont nés et qu’on m’a demandé de rentrer à la maison, j’ai été incapable de trouver le sommeil. J’étais persuadé qu’on m’appellerait pour m’annoncer une terrible nouvelle.

Ces pensées étaient constantes. Pour être honnête, elles le sont toujours.

Dépression postnatale et isolement

Au début, j’étais très attentif à mon épouse et à mes enfants, et je veillais à leur fournir tout ce dont ils avaient besoin. Puis, j’ai commencé à avoir l’impression de gêner. Comme ma femme allaitait les deux bébés et qu’ils ne s’intéressaient pas à moi lorsqu’ils avaient faim, je me suis senti isolé. Je n’arrivais pas à les endormir ou à calmer leurs pleurs parce que je n’avais pas la même odeur que leur mère. J’avais l’impression de nuire, alors je me suis retiré dans mes passe-temps, ce qui a évolué en un sentiment de profonde solitude que je n’avais jamais ressenti auparavant.

Heureusement, mon épouse et sa famille ont remarqué à quel point je paraissais renfermé et perdu, que mes passe-temps ne m’apportaient plus aucun plaisir, et que j’avais commencé à détester mon travail. Ce n’est qu’une fois mis au pied du mur et forcé à exprimer ce que je ressentais que j’ai réalisé à quel point je me sentais seul. Je n’avais jamais autant pleuré de toute ma vie.

Un tournant inquiétant

J’ai récemment connu le pire épisode dépressif de ma vie. Les pensées suicidaires passives (l’idée de me faire du mal ou de m’enlever la vie me traversait l’esprit) sont devenues si intenses que j’en ai été effrayé. Je voulais qu’on me laisse seul, beaucoup plus que d’habitude, tandis que mes enfants voulaient jouer et interagir.

Alors que j’étais abattu, je suis tombé sur une vidéo qui m’a brisé le cœur. Dans la vidéo, un enfant dont le père s’était suicidé pleurait parce qu’il venait de réaliser qu’il ne le reverrait jamais.

Cette vidéo m’a complètement bouleversé. Malgré mes pensées suicidaires, je n’ai jamais eu l’intention de passer à l’acte, mais lorsque mon moral était au plus bas, je repoussais toutes les personnes de mon entourage, y compris mes enfants. La vidéo m’a ouvert les yeux sur les conséquences du suicide et la douleur que ce geste entraînait chez les proches.

Certaines personnes ne parviennent plus à lutter contre le suicide, et des familles s’en trouvent bouleversées. Cela me désole. Je n’oublierai jamais l’enfant de cette vidéo. J’ai également réalisé que je n’oublierai jamais à quel point j’aime ma famille et mes enfants, et combien j’aime être père.

Demander de l’aide

Il est important d’avoir un réseau de soutien et d’être honnête envers vos proches au sujet de vos sentiments, mais il est également essentiel de bénéficier de l’aide et du soutien de professionnels. En ce qui me concerne, je trouvais extrêmement rassurant de savoir que je pouvais prendre rendez-vous avec mon médecin de famille et lui confier ce qui m’arrivait.

Il s’agit habituellement de la première étape pour être orienté vers des conseils ou des services en santé mentale. L’orientation a été particulièrement importante pour moi lors du diagnostic initial, et m’est toujours utile des années plus tard.

L’attente est habituellement longue pour l’obtention de services de consultation gratuits, mais il existe de nombreux services d’assistance auxquels vous pouvez faire appel si vous avez besoin de parler à quelqu’un entretemps. Des initiatives telles que CALM (Campaign Against Living Miserably), des groupes de soutien comme Andys Man Club et des organismes de bienfaisance comme MIND ne sont que quelques exemples des excellents services offerts au Royaume-Uni auxquels vous pouvez avoir recours si vous vous sentez pris au piège et que vous ne pouvez pas faire part de vos pensées et de vos sentiments aux membres de votre réseau de soutien. 

Si vous n’habitez pas au Royaume-Uni, mais dans un autre pays d’Europe, vous pouvez avoir accès aux services de santé mentale offerts dans votre région. Le réseau Santé mentale Europe (SME) a créé une carte interactive qui recense en ligne les services d’assistance et les organismes de soutien de tous les pays d’Europe. En quelques clics, vous devriez être en mesure de trouver le service qui vous convient.

À retenir

Tous les parents ont l’impression de ne pas être à la hauteur à un moment ou à un autre, c’est tout à fait normal. En général, les parents se mettent beaucoup de pression lorsqu’ils ont un enfant. En ce qui me concerne, j’ai souvent l’impression de ne pas être à la hauteur en tant qu’adulte, alors imaginez ce que je ressens à l’idée d’être responsable d’un enfant!

Vous rappelez que les enfants ont des besoins simples – votre temps, votre attention et votre patience – vous aidera à remonter la pente lorsque la dépression et l’anxiété vous feront douter de vous.

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